Mostra Quasi Fantasia

MOSTRA QUASI FANTASIA

DESSINS – PASTELS – TOILES RITUELLES – RETABLES DE VOYAGES – MÉTAPOÈMES
GELS JAPONAIS SUR CARTON PÂTISSIER – SAINTS DE VERNIS À ONGLES

Exposition en ligne
du 1er février au 1er mai 2020

L’exercice d’un regard

Un tempo, une indication de portée générale, de rythme, de mouvement, de rapports de fréquence offerts à bonne cadence, telle s’annonce MOSTRA QUASI FANTASIA dans sa liberté de jeu. Parmi les séries d’œuvres qui la composent, les Toiles rituelles sont un premier risque à courir et à explorer ; déjà imposante, cette série rarement vue, commencée en 2012 et continuée depuis, délivre ses peintures comme autant de formules chûes des lèvres d’une divinité errante. Dans ces compositions à l’acrylique que signe rituellement une petite pyramide au sommet de la toile, rien ne ressemble à l’expression d’un goût. Entre la pulpe et l’écorce, la toile rituelle ne choisit pas. Ce qui la porte est une qualité de ton qui ne se phrase pas dans les catégories du beau, du laid, de l’étrange ou du bizarre. Autre chose est en jeu dans ces compositions : une intensité impondérable, un potlatch mental déconcertant pour les appareils critiques normatifs, un jaillissement à l’ignorance de sa propre cause qui qualifie ces œuvres comme le lieu ou l’artiste passe ce qui le dépasse.

Formée d’à-pics, Géomorphie de pastels s’enveloppe dans des nuances de mauve, absinthe, bleu, blanc, ocre, mandarine et rose. L’œil retiendra de ces becs d’augures posés dans l’espace leur énigmatique force d’apparition, une façon d’irradier comme de purs dehors. Plus ardents que d’autres, certains sommets rendent au feu ce que la lumière ôte à la flamme.

Une autre aventure du regard est celle des Métapoèmes et leurs retables de voyage. Issus d’une série de douze, agencés en triptyques amovibles, ces réinterprétations sauvages du mobilier liturgique médiéval peuvent valoir comme autant de viatiques discrets ou de talismans qui agrandissent le registre visuel du surgissement. D’autres Métapoèmes au format plus classique se sont désignés spontanément à l’artiste, quand par exemple un paysage chinois se révèlait dans le secret d’une veine de bois. Cette disposition de Matthieu Messagier pour l’heureuse occurrence caractérise une démarche dans laquelle tout signe figure, et figurant, participe d’un langage qui dévoile l’art comme un équivalent de la nature et réciproquement. La vue de l’artiste travaille dans l’espace de cette zone-frontière où ce qui est en apparence absent de l’œuvre figure autant que l’ajouté.

Au reste, les lois du paraître sont aussi vastes que ses modes de manifestations, et il y a quelque drôlerie à verser la sainteté dans les paillettes, à commettre le dress-code hagiographique, auréole au premier chef, avec la cosmétique adolescente : les Saints de vernis à ongles calquent sur les abysses leur contenance de flambeurs graves, distraits ou profonds. Entre eux et les Gels japonais sur carton pâtissier un fil noir court sur l’écaille des songes et relève de l’oubli une évidence : en art, la figure revient toujours de loin, sinon d’un battement du visible dans l’invisible.

Si tout art, tout jeu, toute partition possède ses règles, MOSTRA QUASI FANTASIA ne les assume que comme question toujours déplacée et même outrepassée dans un langage renouvelé. Matthieu Messagier a tiré de signifiants Portraits célébrant quelques-uns de ceux – artistes, poètes, musiciens, écrivains – qui n’ont jamais voulu perdre de vue ce principe. En chacun de ces créateurs, il reconnaît cette volonté scrupuleuse à l’œuvre dans sa propre démarche que résument trois mots : laisser être le visible.

M.A

© Photographies : Élodie Houel – Catherine Laclef – Malek Abbou – Barbee – Renaud Ego

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